Lecture 12 min

Retraites en janvier 2027 : qui aurait la hausse, qui serait gelé, et ce que prévoit vraiment le texte

Revalorisation des retraites au 1er janvier 2027 : le budget de la Sécurité sociale réserverait la hausse complète aux pensions jusqu’à 1 260 € par mois, complémentaires comprises. Seuils, décrets, exemples et simulateur.
Fondateur, directeur de la publication et rédacteur en chef
Publié le · Mis à jour le
Partager
revalorisation des retraites en janvier 2027 les premières estimations

L’essentiel

  • Avec les règles actuelles, les pensions de base seraient revalorisées de l’inflation hors tabac au 1er janvier 2027. Le gouvernement prévoit 2,1 % d’inflation pour 2026 ; le taux exact sera connu en novembre.
  • L’article 35 du projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2027, pas encore voté, réserverait cette hausse complète aux retraités dont le total des pensions, complémentaires comprises, ne dépasse pas 1 260 € par mois.
  • Au-dessus, la hausse serait fixée par décret, entre 0 % et l’inflation. Sans décret, elle serait de 0 %, sauf entre 1 260 et 1 281 €, où un décret réduirait la hausse sans gel par défaut. Les pensions ne baisseraient en aucun cas.

Jacqueline et Bernard touchent chacun 1 000 € de pension de base. En janvier 2027, si le projet de budget de la Sécurité sociale est adopté en l’état, la première verrait sa pension augmenter de 21 €, le second pourrait ne rien recevoir. La différence tient à leur retraite complémentaire : 250 € pour Jacqueline, 450 € pour Bernard. Comme en 2020, où seuls les retraités dont le total des pensions ne dépassait pas 2 000 € par mois avaient reçu la hausse complète (1 %, contre 0,3 % au-delà), la revalorisation des retraites de base dépendrait du montant total des pensions de chaque retraité, avec un seuil fixé cette fois à 1 260 € par mois. En juin, la seule question était le taux : la Commission des comptes de la Sécurité sociale l’estimait alors à 1,6 %. Le projet de loi déposé le 1er octobre 2026 change la donne.

La règle actuelle : une hausse égale à l’inflation pour toutes les pensions

Chaque 1er janvier, les pensions de base sont revalorisées par un coefficient égal à l’évolution de la moyenne annuelle des prix à la consommation hors tabac, calculée sur les douze derniers indices publiés par l’Insee en novembre (articles L161-23-1 et L161-25 du code de la sécurité sociale). Ce coefficient ne peut pas être inférieur à 1 : une pension ne baisse jamais. En janvier 2026, il a donné une hausse de 0,9 %, détaillée dans l’article sur la revalorisation de 2026, après 2,2 % en 2025 et 5,3 % en 2024.

Pour janvier 2027, le taux définitif ne sera connu qu’en novembre. Le projet de loi de financement de la Sécurité sociale retient une inflation hors tabac de 2,1 % en 2026, au-dessus de l’estimation de 1,6 % publiée en juin. Ce 2,1 % est la moyenne prévue pour l’année civile 2026 ; le coefficient légal porte sur les douze indices de novembre 2025 à octobre 2026, et le tableau de l’exposé des motifs affiche 2,0 %. Les montants de cet article, calculés à 2,1 %, restent donc indicatifs. La retraite complémentaire Agirc-Arrco suit un autre calendrier : sa revalorisation au 1er novembre doit être décidée à la mi-octobre 2026, comme l’explique le guide de l’Agirc-Arrco.

L’article 35 du budget 2027 réserverait la hausse complète aux pensions jusqu’à 1 260 €

L’article 35 du projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2027 (n° 3211), enregistré à l’Assemblée nationale le 1er octobre 2026, déroge « à titre exceptionnel, pour l’année 2027 » à la règle de revalorisation. Les pensions des régimes de base, avec leurs majorations, accessoires et suppléments, seraient revalorisées selon le montant mensuel total des pensions de chaque retraité au 31 décembre 2026.

Total mensuel des pensions au 31/12/2026Revalorisation de la pension de base
Jusqu’à 1 260 €Hausse complète, égale à l’inflation
De 1 260 € à 1 281 €Hausse égale à l’inflation, réduite par un coefficient fixé par décret pour chaque palier (1 265, 1 270, 1 275, 1 281 €), sans descendre sous 0 % ; pas de gel par défaut, mais le texte ne dit pas quel taux s’applique avant ce décret
De 1 281 € à 2 000 € (lissage par paliers jusqu’à 2 034 €)Taux fixé par décret, au plus égal au plus petit taux de la bande 1 260-1 281 €, jamais négatif ; paliers de 2 000, 2 007, 2 014, 2 021, 2 028 et 2 034 €
Au-delà de 2 034 €Taux fixé par décret, au plus égal au plus petit taux de la tranche 1 281-2 034 €
Au-dessus de 1 281 €, sans décretPas de hausse (coefficient de 1)
Article 35 du projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2027, II et III. Le texte n’est pas voté.

Selon l’exposé des motifs, 1 281 € correspond au niveau de pension garanti pour une carrière complète. Le second seuil, 2 000 € avec un lissage jusqu’à 2 034 €, permettrait au gouvernement de prévoir une hausse plus faible encore pour les pensions les plus élevées. Tout décret s’appliquerait aux pensions dues à compter du 1er janvier 2027 ; selon l’exposé des motifs, plusieurs décrets pourraient se succéder en 2027, uniquement pour relever les taux. Pour les régimes de base en points (professions libérales, par exemple), un décret fixerait des points supplémentaires ou un coefficient. Le tableau du projet de loi chiffre l’effet global : la revalorisation moyenne des pensions tomberait à 0,2 % en 2027 si aucun décret ne revalorisait les pensions au-dessus du seuil (moyenne pondérée par les montants), contre 0,9 % en 2026 et 2,0 % prévu en 2028 avec les règles actuelles.

Exemple chiffré

Deux retraités avec la même pension de base de 1 000 € par mois

Jacqueline, 250 € de complémentaireTotal : 1 250 € par mois, sous le seuil de 1 260 €. Sa pension de base serait revalorisée en entier : +21 € par mois avec une inflation de 2,1 %.
Bernard, 450 € de complémentaireTotal : 1 450 € par mois, au-dessus du seuil. Sans décret, sa pension de base resterait à 1 000 € ; un décret pourrait lui accorder jusqu’à +21 €.
Même pension de base, traitement différent : c’est le total des pensions, complémentaire comprise, qui déciderait de la hausse.

Le seuil de 1 260 € se calcule sur toutes les pensions, complémentaires comprises

Le total retenu additionne les pensions de droit direct et de droit dérivé, c’est-à-dire de réversion, servies par tous les régimes légaux ou rendus légalement obligatoires : régime de base, mais aussi Agirc-Arrco, Ircantec et les autres complémentaires, y compris leurs majorations. Seule la majoration pour tierce personne est exclue. La hausse, elle, ne porterait que sur les pensions de base, réversions de base comprises : la complémentaire compte dans le calcul du seuil sans être concernée par la mesure. Le seuil est individuel : il porte sur les pensions servies à chaque assuré, sans tenir compte des revenus du conjoint, à la différence de la CSG.

  • Réversion : une veuve qui cumule sa pension et une pension de réversion additionnerait les deux pour le seuil.
  • Majorations : la majoration de 10 % pour trois enfants, ou le minimum contributif, font partie de la pension et entrent dans le total.
  • Brut ou net : le texte parle du « montant mensuel total » sans préciser brut ou net ; les montants de pension s’entendent habituellement avant prélèvements sociaux, et les textes d’application devront le confirmer.
  • Date : le total s’apprécie au 31 décembre 2026, après la revalorisation Agirc-Arrco du 1er novembre.
  • Polypensionnés : les pensions de tous les régimes de base s’additionnent pour le seuil, et chacun appliquerait le taux correspondant au total.
  • Hors du total : la pension d’invalidité, qui n’est pas une pension de vieillesse et suit sa propre revalorisation au 1er avril, et les rentes de retraite supplémentaire (PER, contrats d’entreprise), qui ne relèvent pas de régimes légalement obligatoires. Le texte ne mentionne pas les pensions servies par des régimes étrangers.

Les fonctionnaires seraient parmi les plus exposés. Leurs pensions sont revalorisées selon la même règle que celles du régime général (article L16 du code des pensions civiles et militaires) et relèvent donc de la mesure. Or presque toute leur retraite est une pension de base, la retraite additionnelle de la fonction publique restant faible : un gel toucherait la quasi-totalité de leur pension, alors qu’un ancien salarié du privé garderait la revalorisation propre de sa complémentaire.

Combien gagnerait chaque pension de base en janvier 2027

Avec une inflation de 2,1 %, la hausse de la pension de base serait la suivante, selon que le total des pensions se situe sous ou au-dessus du seuil.

Ne ratez aucun article ADCF

Ajoutez-nous à vos sources sur Google Actualités et Discover

Pension de base mensuelleHausse si le total ne dépasse pas 1 260 €Hausse si le total dépasse 1 281 €, sans décretHausse maximale avec un décret
600 €+12,60 €0 €+12,60 €
800 €+16,80 €0 €+16,80 €
1 000 €+21,00 €0 €+21,00 €
1 200 €+25,20 €0 €+25,20 €
1 500 €impossible (total au-dessus du seuil)0 €+31,50 €
2 000 €impossible0 €+42,00 €
Hausse mensuelle brute de la pension de base au 1er janvier 2027, avec l’hypothèse d’inflation de 2,1 % du projet de loi. Calcul ADCF au 8 octobre 2026.

La pension de janvier 2027 du régime général et de la MSA, versée à terme échu, arriverait début février. Un décret pris plus tard dans l’année donnerait lieu à un rappel depuis janvier. Le simulateur ci-dessous applique ces règles à partir des pensions de base et du total des autres pensions.

Simulateur · Projet de budget de la Sécurité sociale 2027
Combien gagnerait la pension de base en janvier 2027 ?
€ / mois
€ / mois
Sans inscription · aucune donnée conservée
Estimation avec une inflation de 2,1 %, hypothèse du projet de loi pour 2026 ; le taux légal exact sera connu en novembre. Montants bruts (avant prélèvements sociaux) retenus par hypothèse, le texte ne tranchant pas ; montants dus au titre de décembre 2026. La hausse porte sur les seules pensions de base. Le texte n’est pas voté.

Le minimum vieillesse resterait revalorisé en entier

L’article 35 vise les pensions de vieillesse. L’allocation de solidarité aux personnes âgées (ASPA), le minimum vieillesse, est revalorisée par un autre article du code de la sécurité sociale (L816-2), auquel le projet ne déroge pas : elle suivrait la revalorisation légale complète au 1er janvier 2027, comme ses plafonds de ressources. Ses conditions sont détaillées dans l’article sur l’ASPA.

ⓘ
D’autres mesures du budget 2027 touchent les retraités
Le projet de loi de finances pour 2027 prévoit de plafonner à 3 000 € l’abattement fiscal de 10 % des retraités (article 3). Le projet de budget de la Sécurité sociale prévoit aussi de remplacer la majoration de 10 % pour trois enfants par un forfait pour les pensions prenant effet à partir de juillet 2027 (article 34). Le prélèvement de la CSG, qui dépend du revenu fiscal de référence, est détaillé dans l’article sur la CSG des retraités.

Le texte n’est pas voté et les taux dépendront des décrets

Le projet de loi de financement de la Sécurité sociale est examiné par l’Assemblée nationale puis par le Sénat, pour un vote définitif en principe avant la fin de l’année. Les parlementaires peuvent relever le seuil, supprimer la mesure ou en changer les modalités. Même adopté, l’article laisserait au gouvernement le soin de fixer les taux au-dessus de 1 260 € « en tenant compte de la situation financière du système de retraite » (selon l’exposé des motifs, sur proposition du comité de suivi des retraites), par des décrets pouvant être pris jusqu’au 31 octobre 2027. Selon l’exposé des motifs, si les pensions au-dessus de 1 281 € n’étaient pas revalorisées, l’économie atteindrait 4,0 milliards d’euros en 2027, dont 3,0 milliards pour la branche vieillesse. La mesure ne vaudrait que pour 2027 et ne prévoit aucun rattrapage : la revalorisation de 2028 s’appliquerait au montant non revalorisé, et l’écart resterait pour toute la retraite, sauf décret avant le 31 octobre 2027.

💡
Vérifier le total de ses pensions
Le total figure sur les relevés de paiement et l’attestation fiscale de chaque caisse ; l’espace personnel info-retraite.fr permet aussi de consulter les paiements des différents régimes. C’est le montant dû au titre de décembre 2026 qui compterait, et non le montant arrivé sur le compte en décembre.

Questions fréquentes

Avec les règles actuelles, toutes les pensions de base seraient revalorisées de l’inflation hors tabac, que le gouvernement prévoit à 2,1 % pour 2026 ; le taux exact sera connu en novembre. Le projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2027 réserverait cette hausse complète aux retraités dont le total des pensions ne dépasse pas 1 260 € par mois. Au-dessus, la hausse serait fixée par décret, entre 0 % et l’inflation.

Pas forcément, mais c’est la situation par défaut prévue par le texte : tant qu’aucun décret n’a fixé leur taux, les pensions dont le total dépasse 1 260 € par mois ne seraient pas revalorisées (coefficient de 1), à l’exception de la bande de 1 260 à 1 281 €, où un décret réduirait la hausse sans gel par défaut. Un décret pourrait ensuite accorder une hausse, applicable rétroactivement aux pensions dues depuis le 1er janvier 2027, sans jamais dépasser l’inflation.

Oui. Le texte retient le montant mensuel total, au 31 décembre 2026, de toutes les pensions de droit direct et de réversion servies par les régimes obligatoires, base et complémentaires (Agirc-Arrco, Ircantec, etc.), seule la majoration pour tierce personne étant exclue. La mesure ne joue en revanche que sur la revalorisation des pensions de base.

Non. La retraite complémentaire Agirc-Arrco est revalorisée au 1er novembre par décision de son conseil d’administration, attendue à la mi-octobre 2026. Elle compte seulement dans le calcul du total qui détermine si la pension de base est revalorisée en entier.

L’article 35 vise les pensions de vieillesse. L’ASPA, revalorisée par un autre article du code de la sécurité sociale (L816-2), n’est pas visée par cette dérogation : elle suivrait la revalorisation légale complète au 1er janvier 2027.

Le projet de loi de financement de la Sécurité sociale doit être voté par le Parlement, en principe avant la fin de l’année. Les taux applicables au-dessus de 1 260 € dépendraient ensuite de décrets, qui peuvent être pris jusqu’au 31 octobre 2027.

Sources : projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2027, n° 3211, enregistré à l’Assemblée nationale le 1er octobre 2026, article 35, exposé des motifs et rapport annexé ; code de la sécurité sociale, articles L161-23-1, L161-25, L341-6, L355-1 et L816-2 ; code des pensions civiles et militaires de retraite, article L16 ; loi n° 2019-1446 du 24 décembre 2019 de financement de la sécurité sociale pour 2020, article 81 ; versions en vigueur consultées sur Légifrance le 8 octobre 2026 ; Commission des comptes de la Sécurité sociale, rapport de juin 2026 ; projet de loi de finances pour 2027, n° 3210, article 3. Calculs ADCF.

Partager cet article
Cet article vous a été utile ?
Rejoignez les 48 000 lecteurs qui suivent ADCF sur Google News

À lire ensuite

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *